L’art et la science

La recherche artistique se nourrit de la recherche scientifique…

Je me souviens d’une exposition incroyable à la Fondation Cartier à Paris, “Un ciel mathématique 2011”,
qui mettait en parallèle l’art et les mathématiques avec entre autre,
Jean Michel Alberola, professeur aux Beaux Arts de Paris, David Lynch, cinéaste,
Henri Point Carré, mathématicien, physicien, philosophe et ingénieur français. Réunion de disciplines si différentes mais qui dans leur application servent la vulgarisation et la pratique esthétique et fonctionnelle.

Le cerveau et les neurosciences

Je découvrais par la suite, Daniel Tammet autiste asperger, qui récita la décimale de Pi pendant 5h 9min 24s, et développait sa vision sur les couloirs de la mémoire grâce à la synesthésie (chiffre et couleur pour lui). Il expliquait que la mémoire était un paysage jonché de codes de couleurs et de chiffres, dans lequel il pouvait voyager en paix. Une méthodologie qui lui permettait cette performance artistique.

La couleur et la lumière

Et puis la découverte du Vantablack, ce noir qui absorbe la lumière à 99.96%, fait de nanotubes de carbone, mis au point par une entreprise de nanotechnologie.
C’est l’artiste Anish Kapoor, qui s’est offert le brevet, lui seul peut l’utiliser. Une découverte spoliée à coût de dollars.
La riposte : un noir encore plus noir avec ce nota bene : tout le monde peut l’acheter sauf Anish Kapoor :
“Vous n’êtes pas Anish Kapoor, vous n’avez aucun lien avec Anish Kapoor, vous n’achetez pas ce produit pour le compte d’Anish Kapoor ou d’un de ses associés.”

L’art réunit les disciplines et nous fait prendre conscience des lois universelles.
Les sciences expliquent notre environnement. La philosophie questionne la condition humaine.
C’est pourquoi, l’art et les sciences sont liés, autant que philosophie, spiritualité et religion.

Pour ma part, c’est la compréhension de la mécanique quantique qui m’a pris beaucoup de temps et influé ma peinture.
J’ai découvert Cédric Villani, il y a dix ans. Ses conférences sur l’intuition, la mathématique et le processus créatif disent tout sur ce qu’est un chercheur quelque soit sa discipline.

Le Bleu

Outremer, Majorelle, Klein, Prusse, Cyan, en travaillant il y a des codes et des rituels qui s’élaborent

La recherche et la compréhension du bleu

BLEU KLEIN
travail sur le bleu

Je n’ai pas chercher le bleu, il s’est imposé dans mes compositions. Sortie d’un tube, on ne peut qu’en admirer la densité et l’éclat. Mais il arrive que la matière première devienne la préoccupation, pour ne pas dire l’obsession, et dès lors, on se confronte aux SECRETS. 

Le lapis-lazuli est le pigment naturel appelé également bleu Outremer

Préférer le pigment au tube, c’est en admirer son grain. Comment, garder cet éclat et le poudré. Comment cristalliser cette poudre, la transformer en peinture tout en conservant ces particularités. 

Le liant qu’il soit hydraulique ou chimique modifie le bleu et le fonce. Il transforme la poudre en pâte ou en liquide.

Cette recherche est si complexe, qu’elle m’a fait comprendre comment Yves Klein en est venu au monochrome et à élaborer un liant avec ADAM pour conserver toutes les qualités de ce pigment et renvoyer  la lumière. Même avec la recette et la pratique, c’est d’une grande difficulté et une réelle prouesse technique. La couleur s’exécute rapidement et ne se recouvre pas. Un deuxième passage, le ferait foncer. On ne peut pas peindre au sens classique, il est fait pour la performance.

Toutes ces déclinaisons du bleu, m’ont donné l’envie de peindre jusqu’à ce bleu qui ne se peint plus, qui est l’objet, le sujet, si fragile qu’il en exclut les autres couleurs. Omniprésent, il m’a conduit jusqu’à la rupture. Remettant en question des années de pratique.

J’ai plongé dans l’infini et j’ai changé.

Mais je ne veux pas peindre de monochromes ni faire de ma peinture un jeu mathématique ou une recherche chimique. Je préfère jouer et mettre en scène des personnages face à leurs problèmes existentiels. Ce bleu n’est donc qu’un passage, une rencontre qui comme toutes les histoires me prépare à en vivre une nouvelle.

La perspective

Le point de fuite

La charente
La campagne

Le papier, la toile est un plan deux dimensions. On peut choisir de tout mettre au premier plan, tout dépend de ce que l’on a dire. 

Le paysage impose la perspective

C’est l’œil qui voit les profondeurs. Il y a des règles académiques que je ne développerai pas, ça n’a jamais été les règles qui m’ont apprises quoi que ce soit mais l’œil, la main et la pratique.

Comment dire que c’est loin ? Plus c’est loin, plus c’est petit. Ce qui est proche de nous est à taille réel, c’est l’échelle. 

La proportion

Grâce au trait et au mouvement, fendre la feuille et construire l’architecture du paysage qu’on  observe. Je défie la réalité en jouant avec les perceptions. 

La règle c’est que tout est courbe, une droite c’est ce qui lie deux point mais l’espace est courbe.

Avant de placer les détails qui semble figé au premier plan, je conseille de s’exercer le poignet et de l’assouplir en dessinant des élipses et des spirales.

Dans cette multitude de traits, je commence à percevoir les possibilités. Ce que j’ai en mémoire et ce que j’observe vont se mélanger. Alors, je regarde ce qui apparaît et je fais des choix. La magie, c’est de griffonner, de sembler faire n’importe quoi et de voir se construire un univers sensible, fragile qui par une tâche de trop pourrait se transformer, encore.

J’ai réellement découvert ce plaisir lorsque j’ai vécu en face de la Charente, à Port d’Envaux. Mes fenêtres donnaient sur l’eau et j’assistais chaque jour au levé du soleil. Cette année a transformé ma perception du paysage. Et la sinuosité est devenue évidente.

J’ai illustrée chaque carte du restaurant l’Auberge de la Charente ce qui m’a fait beaucoup travailler. Il y a eu plusieurs séries. Et lorsque j’ai repris mes pinceaux pour conquérir une nouvelle toile, j’ai eu envie d’essayer le format rond. C’est par la perspective des champs et du fleuve que j’ai peins sur des ronds.